Translate

vendredi 6 octobre 2017

Les recommandations du rapport de la Cour des comptes

Gérer les enseignants autrement

Une réforme qui reste à faire

Rapport public thématique
Cour des comptes
10.2017




La Cour des comptes fait, en conclusion de son rapport, 13 recommandations. Voyons celles qui concernent plus particulièrement le Primaire.

La 3e recommandation vise à « renforcer le développement du travail collectif, en donnant un rôle central à l’équipe pédagogique, en organisant en son sein de manière systématique les fonctions de coordination et d’appui et en développant l’évaluation collective (recommandation reformulée) ». Cela ne sera possible qu’au sein d’équipe pédagogique cohérente : faire travailler ensemble des enseignants constructivistes et des enseignants instructionnistes est tout simplement impossible. Les conceptions de l’École sont trop divergentes, pour ne pas dire antinomiques, pour qu’un travail en équipe fonctionne. Je l’ai testé à plusieurs reprises dans ma carrière et je suis à chaque fois parvenu à la même conclusion. En revanche, dans le cadre d’une école strictement instructionniste (on peut toujours rêver !), l’équipe pédagogique aurait certainement le rôle central de coordination et d’appui que suggère la Cour des comptes.

La 4e recommande de « mettre en place le cadre juridique permettant les expérimentations d’échanges ou d’affectations de professeurs des écoles au collège et d’enseignants du second degré à l’école primaire et les développer quand elles sont utiles pour assurer la continuité de la scolarité entre l’école primaire et le collège (cycle 3 de l’école du socle) ». On court après ce qui a été raté au moment de la massification de l’enseignement : ce sont les instituteurs qui auraient dû se charger de toute la scolarité obligatoire et les professeurs des approfondissements qui lui succèdent. Mais le combat syndical mené à l’époque pour accroître les effectifs des troupes respectives a été perdu par les instituteurs et ce sont les professeurs qui l’ont gagné. D’où le nombre extravagant de professeurs à l’heure actuelle, comparé à celui des instituteurs. De fait, bien qu’enseignants, nous n’exerçons pas le même métier. Pour schématiser, l’instituteur enseigne des certitudes alors que les professeurs enseignent le doute. Considérant le niveau des collégiens d’aujourd’hui, il leur aurait fallu sans doute un enseignement plus systématique, plus structuré et plus explicite, dispensé par des instituteurs instructionnistes, pour leur assurer les bases solides après lesquelles l’École du socle court en vain. En attendant, toutes les tentatives d’échanges pour assurer la continuité école-collège restent formelles et inefficaces depuis des années.

La 6e recommandation propose, d’« associer les directeurs  d’école  à  l’évaluation  des  enseignants par l’IEN ». Ce qui n’est pas idiot car cela renforcerait l’autorité du directeur et son rôle dans l’école. D’autant qu’il connaît très bien les atouts et les faiblesses de ses adjoints. Mais le problème est que face à la crise de recrutement des directeurs, n’importe qui peut le devenir, y compris des débutants sans la moindre expérience (cela a été le cas dans l’école que je dirigeais quand je suis parti en retraite). Pour le reste, le constructivisme établi depuis des décennies a fait les ravages que l’on imagine : bon nombre des directeurs actuels sont persuadés qu’il faut mettre en œuvre un enseignement par découverte (parce qu’ils ne connaissent rien d’autre). Je vous laisse imaginer l’appréciation qui serait alors portée sur un adjoint instructionniste qui remplit pleinement la mission d’enseignement qui lui a été confiée mais qui ne participe pas aux fadaises constructivistes forcément constitutives du Projet d'école.

La 7e recommandation suggère de « donner aux directeurs d’école (…) la responsabilité, dans certaines limites, de moduler la répartition annuelle des heures de service devant la classe en fonction des postes occupés et des besoins des élèves ». Très mauvaise idée allant dans le sens d’une dérégulation encore plus importante de l’École primaire, chacun faisant dans son coin ce qui lui semble bon, provoquant ainsi des différences de plus en plus importantes qui deviennent de plus en plus problématiques quand les élèves changent d’école.

Le 8e recommandation propose de « mettre en place un système de mesure et d’analyse assurant une connaissance précise et fiable des besoins des élèves, et en particulier de   leurs acquis et compétences ». Bon courage pour mettre en œuvre un tel système ! Le seul moyen efficace serait qu’un organisme indépendant teste les élèves en début et en fin d’année, afin d’évaluer leur niveau et l’efficacité de l’enseignement qui leur a été dispensé. Mais un tel dispositif coûterait trop cher…

La 12e recommande de « poursuivre la mise en place de mesures réellement incitatives, notamment en matière indemnitaire et de carrière ». La seule mesure incitative serait d’augmenter considérablement les salaires des enseignants afin de les mettre au niveau des pays de l’OCDE comparables et qui ont les meilleurs résultats aux comparaisons internationales.

La 13e recommandation évoque au passage « l’offre de formation ». La formation des enseignants est un secteur sinistré depuis une quarantaine d’années. Il serait peut-être temps de revoir complètement l’organisation de cette formation, son contenu et ses résultats. Cela sous-entend de faire un grand ménage chez les formateurs et autres “experts” qui ne connaissent que les pratiques du constructivisme pédagogiques et s’en font les chantres, malgré les conséquences catastrophiques de leur mise en œuvre.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Les commentaires reçus n’ont pas tous vocation à être publiés.
Étant directeur de publication de ce blog, seuls les textes qui présentent un intérêt à mes yeux seront retenus.