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mercredi 5 octobre 2016

Mise en œuvre de l'année 2 de la refondation de l'éducation prioritaire : suivi du volet pédagogique (IGEN)

Auteurs : Monique Dupuis et Marie-Laure Lepetit
Rapport IGEN, n° 2016-050
07.2016


Extraits :

p 13 :
Dans une école maternelle de l’un des REP+ visités, l’ensemble de l’équipe des maîtres a souhaité une formation sur la question de l’enseignement explicite pour les aider à répondre aux difficultés qu’ils éprouvent à faire progresser tous les élèves dans l’acquisition du langage oral. La forme de la “recherche-action” en formation filée pendant sept jours répartis au fil de l’année (septembre, décembre, avril) a été choisie : un chercheur accompagne les équipes sur les matinées. Le travail réalisé, autour du conte, a amené les enseignantes d’une part à “raconter” plutôt que “lire” et, d’autre part, à “faire raconter” aux élèves, et ce pour un même objectif : les aider à entrer en compréhension. Des séances spécifiques consacrées à l’acquisition du lexique sont intercalées entre les moments dédiés au récit. Au cours de ce travail, le chercheur a fait prendre conscience aux enseignantes de l’importance de “combler les blancs du texte” pour les élèves. Pour ce faire, on théâtralise, on joue avec le corps et l’on explicite, on dit, on ajoute tout ce que le texte sous-entend. Les élèves sont invités à leur tour à raconter ; selon un scenario très précis, que la mission a observé en classe, chaque épisode est travaillé et retravaillé. L’objectif final, concret, est que l’élève soit en mesure de raconter et de jouer le conte tout seul à ses parents avec un support imagé (maquette, illustrations...). Les résultats et les progrès des élèves sont évalués grâce à des enregistrements d’enfants en train de raconter en début, à savoir après la deuxième séance, puis en fin de scénario.
Les enseignants témoignent du progrès des élèves dans quatre domaines : l’acquisition du lexique, la compréhension globale, la compréhension fine, notamment celle des implicites et la production orale.
Ils affirment qu’ils réussissent à faire progresser tous les élèves, même s’ils ne parviennent pas à les amener tous au même niveau.

p 20 :
Des apports de la recherche qui commencent à atteindre les formations académiques et les formations au sein des réseaux voire les classes
– l’enseignement explicite, sujet de formation le plus cité et qui semble avoir le plus d’impact sur l’évolution des pratiques enseignantes ;
– un réel impact sur les pratiques des formations consacrées à la co-intervention ;
– l’importance des mutualisations d’expériences ;
– le maintien du niveau d’exigence, une nécessité dont on prend conscience dans les réseaux.

p 21 :
2. Des formations qui prennent en compte les apports de la recherche et qui suscitent de nouvelles dynamiques : premiers impacts sur les pratiques
2.1. Enseigner plus explicitement : des formations appréciées, à généraliser dans le second degré et l’interdegrés
Le référentiel de l’éducation prioritaire donne pour objectif, dans son premier axe, d’enseigner plus explicitement les compétences que l’école requiert afin d’assurer la maîtrise du socle. La réussite des élèves passe par leur adhésion aux activités qui leur sont proposées, par conséquent par le sens qu’ils donnent au travail qui leur est demandé. On ne peut donc que rappeler l'importance de la problématique de l'explicitation en éducation prioritaire. Le travail des élèves gagne en efficacité lorsque l'enseignant fonde sa pratique sur le désir de rendre explicite son enseignement. Mais l'explicitation ne fonctionne pas de façon optimale lorsqu’elle se fait selon un mode exclusivement descendant. L'échange avec l'élève, le questionnement, la nécessaire verbalisation permettent de s'assurer de son degré de compréhension et c'est dans cet échange que l'explicitation prend tout son sens. Certaines formations dispensées sur l’enseignement explicite [Note de bas de page : Nous ne parlons pas ici de “l’instruction directe(Note personnelle : courbette obligée au constructivisme hégémonique allant dans le sens révisionniste du Centre Alain Savary), courant popularisé par le canadien Steve Bissonnette. Selon lui, « les mesures de soutien efficace passent par des actions de dire (rendre explicites les intentions et objectifs de la leçon pour les élèves, rendre explicite les prérequis dont les élèves auront besoin), de montrer (l’enseignant exécute la tâche et énonce le raisonnement adapté à haute voix) et de guider (l’enseignant amène les élèves à rendre explicite leur raisonnement préalable, fournit les rétroactions nécessaires). Les compétences ou les savoirs qui les composent sont décomposés en éléments les plus simples pour que les élèves apprennent progressivement, notamment pour les élèves en difficulté. Trois étapes au cours de la leçon sont donc récurrentes : le modelage (enseigner quoi, pourquoi, comment, quand et où, faire, par une démonstration magistrale) ; la pratique dirigée (proposer des tâches semblables à celles du modelage mais avec des rétroactions régulières et échanges d’idée entre élèves pour s’assurer de leur compréhension) ; la pratique autonome ou indépendante (l’élève réinvestit seul ce qu’il a compris du modelage dans des problèmes ou des questions). »] dans des REP+, en déclinaison directe des formations nationales, sont particulièrement pertinentes car elles permettent  aux enseignants de se confronter directement à leurs implicites et d’en prendre ainsi conscience. Les codes de l’école profitent également d’une telle démarche, dans des situations de tâches complexes comparables à celles proposées dans le cadre de l’enseignement des disciplines. Les heures de vie de classe, l’accompagnement personnalisé, les tutorats d’élèves par des professeurs peuvent largement contribuer à cette appropriation des codes de l’école par les élèves. Il est indispensable qu’ils perçoivent le sens de ces différents temps d’enseignement, ce qui n’est le plus souvent pas encore le cas. Dispenser un enseignement explicité et évaluer au plus juste les compétences des élèves sont des préoccupations croissantes pour les enseignants qui perçoivent de plus en plus le besoin de se former dans ce domaine.

p 23 :
Si  l’impact positif des formations sur la nécessité d’enseigner explicitement se fait de plus en plus sentir dans les classes dans le premier degré, dans le second degré, un important effort de formation reste à faire pour une évolution effective des pratiques dans ce domaine : dans les réseaux visités, cet enseignement explicité devient une préoccupation majeure des enseignants qui se sentent toutefois démunis dans ce domaine et qui disent souvent avoir découvert cette problématique lors d’échanges avec leurs collègues du premier degré.
Sans formation spécifique, on constate dans les classes, lors de séances observées dans des collèges REP+ préfigurateurs, des pratiques inadéquates, comme le fait de détailler à outrance la démarche suivie ou de  fournir des explicitations longues et fastidieuses,  souvent exprimées en termes professionnels non adaptés aux élèves.

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