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mardi 10 février 2015

Un discours pédagogique remis en question

Source : Le fil



De 1979 à 2005, Vie pédagogique, la revue officielle du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport du Québec (MELS), a fait une place de plus en plus grande, dans son contenu, aux stratégies d’enseignement centrées sur l’élève au niveau primaire comme au niveau secondaire. Dans le même temps, les stratégies centrées sur l’enseignant ont été de moins en moins présentes dans les pages de la revue. Pourtant, au Québec comme ailleurs, des études ont démontré que les stratégies centrées sur l’enseignant donnent de meilleurs résultats au point de vue des apprentissages scolaires, en particulier auprès des élèves en difficulté d’apprentissage et de ceux issus de milieux défavorisés. Ces élèves sont susceptibles d’abandonner l’école avant l’obtention d’un diplôme d’études secondaires.

Tel est l’essentiel du message qu’est venu livrer Steve Bissonnette, professeur au Département de psychoéducation et de psychologie de l’Université du Québec en Outaouais, le mardi 24 février [2009] au pavillon J.-A.-DeSève. Sa conférence était organisée par le CRIFPE-Laval (Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante) et la Chaire de recherche du Canada en formation à l’enseignement. Le contenu de sa communication était tiré de la thèse de doctorat en psychopédagogie qu’il a soutenue à l’Université Laval en 2008.

Dans les approches pédagogiques centrées sur l’élève, l’enseignant assiste l’élève dans des tâches d’apprentissage contextualisées et signifiantes qui permettent à celui-ci de faire des liens entre les contenus des programmes scolaires et sa vie propre. En revanche, celles centrées sur l’enseignant sont directives, structurées et s’intéressent à l’acquisition de connaissances et à la maîtrise des savoirs scolaires. « En lançant la réforme des programmes en 2000, rappelle le professeur Bissonnette, le MELS a proposé un changement radical de perspective, soit de passer d’un paradigme d’enseignement à un paradigme d’apprentissage pour la réussite scolaire d’un plus grand nombre d’élèves. »

À l’aide de deux logiciels, Steve Bissonnette et Normand Péladeau, de la firme Provalis Research, ont analysé le contenu de 1 199 articles répartis dans 134 numéros de Vie pédagogique. Les textes analysés réfèrent en particulier à deux courants psychologiques : l’humanisme et le constructivisme. Selon le conférencier, l’espace déjà important consacré aux stratégies centrées sur l’élève a fait un bond en avant après la mise en œuvre de la réforme. « De 2000 et 2005, explique-t-il, un texte sur trois contenait des références à deux approches pédagogiques centrées sur l’élève, soit la pédagogie par projet et l’apprentissage coopératif. »

De 2000 et 2005, des études réalisées au Québec ont montré que certaines approches pédagogiques centrées sur l’élève, notamment la pédagogie par projet, avaient eu des effets négatifs sur l’acquisition de connaissances et le développement des compétences auprès des élèves du niveau primaire. Les résultats négatifs ont été observés sur le développement des compétences mathématiques, et celles dites transversales, ainsi que sur l’apprentissage des connaissances en géographie. « Aucune recherche n’a démontré, à ce jour, que les élèves de la réforme montrent de meilleurs résultats, qu’ils sont plus compétents que ceux qui les ont précédés », souligne Steve Bissonnette. Ce dernier croit qu’il est urgent de redonner une place importante, dans le discours pédagogique, aux stratégies d’enseignement qui ont démontré une efficacité plus certaine.


Yvon Larose

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