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mardi 14 octobre 2014

Pratiques familiales et réussite éducative

Les inégalités entre enfants des quartiers de l’éducation prioritaire et enfants de quartiers de centre-ville

Année 2014

 Enquête AFEV analysée par Trajectoires
24.09.2014




Conclusions :

- L’analyse des pratiques de temps libre des enfants montre tout d’abord que les enfants des secteurs de l’éducation prioritaire peuvent beaucoup moins que les autres compter sur leur environnement familial pour leur permettre de s’ouvrir au monde. Leur famille est moins que les autres le lieu privilégié de mise en lien avec les ressources culturelles extérieures. Les enfants sont moins mobiles, ils partent moins en vacances et en week-end. Lorsqu’ils partent, ils découvrent moins souvent des lieux différents. Ils profitent également moins que les autres de sorties culturelles dans la ville, ou des activités encadrées qui peuvent y être proposées, qu’elles soient sportives ou culturelles. Il y a moins de livres chez eux, et surtout, ils lisent moins que les autres.

- Cette analyse montre aussi, sur quelques critères, que l’environnement extérieur à la famille offre des apports culturels à ces enfants qui fréquentent pour plus de moitié les bibliothèques de quartier, qui ont l’occasion d’aller au spectacle ou d’entrer dans un musée du fait des sorties scolaires plus que dans le cadre familial, etc. Pour autant, ces enfants ne bénéficient pas plus que les autres de cette offre extérieure à la famille puisque les enfants des quartiers aux indicateurs socio-économiques plus favorables profitent tout autant de ces ressources, voire plus sur certains aspects puisqu’ils pratiquent davantage d’activités encadrées. Ainsi, les apports extérieurs, aussi importants soient-ils, ne suffisent pas à compenser, pour les enfants des secteurs de l’éducation prioritaire, les ressources familiales moindres en termes d’ouverture culturelle.

- Ces écarts sont particulièrement importants dans la mesure où ils impactent nécessairement la trajectoire scolaire des enfants et leurs capacités à comprendre et acquérir les savoirs scolaires transmis. Ces quelques chiffres, issus de l’enquête, sont particulièrement éloquents : les enfants qui ont l’habitude de partir le week-end participent plus facilement en classe (76% contre 59%) et ils comprennent plus souvent ce qu’il leur est demandé de faire en classe (77% contre 65%). Les enfants qui ont l’habitude de lire le soir avant de s’endormir comprennent également mieux ce que l’enseignant leur demande en classe (81% contre 63%), de même que ceux qui pratiquent un sport (78% contre 66%) ou une activité artistique encadrée (81% contre 69%).

- Parmi les enfants des quartiers prioritaires interrogés qui ne forment pas un ensemble homogène, l’enquête révèle que 10% à 20% d’entre eux semblent dans un état de dénuement culturel particulièrement important. Ceux-ci disent ne jamais partir en vacances (12%), n’être jamais allés à un spectacle, dans un musée ou au centre-ville (10%, 9%, 8%), n’avoir pas du tout de livre à la maison (19%), n’avoir jamais reçu un livre en cadeau (20%), etc.

- L’analyse du rythme de vie familial en lien avec les exigences que requiert l’école montre tout d’abord qu’il y a de fortes inégalités entre les familles, notamment sur les deux points clés que sont la durée du temps de sommeil pour les enfants et leur alimentation le matin avant de partir à l’école. Les enfants scolarisés en secteur d’éducation prioritaire dorment moins que les autres et s’alimentent moins systématiquement le matin avant la journée scolaire. Cela diminue leurs capacités d’attention et de concentration à l’école et ces enfants sont de fait, avant même le début de la journée scolaire, dans des conditions d’apprentissage moins favorables que les autres. Les résultats de l’enquête montrent à cet égard que plus les enfants se couchent tard, et plus ils s’ennuient à l’école : 35% des enfants interrogés qui se couchent après 22h disent s’ennuyer tout le temps ou souvent, contre 14% seulement de ceux qui se couchent au plus tard vers 21h. L’autorisation de l’usage des écrans le soir après le dîner explique en partie le fait qu’une partie des enfants se couchent tard, en particulier pour ceux qui ont une télévision dans leur chambre.

- L’analyse des pratiques familiales à la maison par rapport aux exigences scolaires montre également que le travail scolaire au domicile est particulièrement discriminant. Les enfants scolarisés en secteur d’éducation prioritaire peuvent beaucoup moins que les autres compter sur l’aide de leurs parents dans la réalisation de leurs devoirs ou s’ils n’ont pas compris un exercice ou une leçon. Le fait que certains enfants puissent en bénéficier et d’autres non ne fait qu’accroître les écarts au fil du temps.

- Enfin, là encore, la situation des enfants interrogés des secteurs de l’éducation prioritaire n’est pas homogène. 10% à 20% d’entre eux sont encore plus en décalage avec les exigences scolaires : 15% se couchent après 23h alors qu’ils ne sont qu’au CM1 / CM2, 13% ne prennent jamais de petit-déjeuner le matin avant de partir à l’école et 13% disent n’être jamais aidés par quelqu’un lorsqu’ils ne comprennent pas une leçon ou un exercice scolaire.

- Les différences importantes entre les familles des secteurs de l’éducation prioritaire et les autres, sur leur capacité à permettre à leur enfant de s’ouvrir au monde, sur leur compréhension des exigences scolaires, sur leur capacité à y répondre en terme d’organisation, mais aussi en termes de savoir à maîtriser pour soutenir les enfants dans leurs apprentissages scolaires ne semblent a priori pas influencer fortement la manière dont les enfants vivent l’école élémentaire au quotidien. Si cette enquête ne nous éclaire pas sur leurs résultats scolaires car tel n’en n’était pas l’objet, en tous les cas, ces enfants aiment y aller autant que les autres et ne se sentent pas moins bons. Ceux-ci témoignent même d’une vision optimiste de leur avenir au collège, où ils pensent plus que les autres enfants qu’ils réussiront. L’école élémentaire ne semble pas être encore le lieu d’un vécu douloureux et humiliant pour la plus grande partie de ces enfants pourtant les moins armés pour y réussir.

- Pour autant, à travers un sentiment d’ennui en classe plus prononcé pour ces enfants, à travers le fait également qu’ils disent beaucoup plus souvent que les autres ne pas toujours comprendre ce que l’enseignant leur demande de faire en classe, ces enfants en comprennent moins le sens et les exigences. Les décalages identifiés entre ces enfants et les autres en termes de trajectoires et de vécu scolaire ne feront alors que s’accroître avec l’entrée au collège, qu’ils perçoivent pourtant avec optimisme, voire avec naïveté par rapport aux autres enfants beaucoup plus initiés à la culture scolaire.

1 commentaire:

  1. Voilà une étude pertinente, alors qu'on nous sert le numérique comme panacée pour lutter contre les inégalités scolaires... merci.

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