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vendredi 23 mai 2014

L’état des relations école-parents – Entre méfiance, défiance et bienveillance

Une enquête quantitative auprès des directeurs d’école maternelle et élémentaire

Auteur : Georges Fotinos

CASDEN-Banque populaire
04.2014






Conclusion de l’étude :

Cette étude singulière par son approche de la compréhension de la relation École/Parents fondée essentiellement sur le champ de la perception et du ressenti des directeurs d’école montre de façon probante que pour ces enseignants le fossé avec les familles s’est agrandi au cours des dernières années.

Le “malentendu” de la fin des années 1980 s’est développé pour prendre au fil du temps et pour un nombre appréciable de parents deux types de formes. Le premier est de l’ordre de la contestation et concerne en priorité le champ de sanctions et punitions mais aussi celui des contenus des enseignements et du respect de l’autorité de l’enseignant sur les enfants. Le second se situe sur le champ des comportements agressifs que ce soit sur les registres du harcèlement, des menaces ou bien des insultes.

En “contrepoids”, ce travail fait aussi le constat de la part des directeurs et de façon très majoritaire de leur satisfaction d’enregistrer une très bonne participation des délégués parents d’élèves aux instances institutionnelles et à la vie de l’école dans un climat relationnel efficace et agréable. Le tout reposant sur le sentiment que les parents de l’école leur font confiance. À noter ici que la plupart d’entre eux souhaitent une implication plus importante des parents dans la vie de l’école.

A priori, cette situation peut paraître paradoxale. Mais certaines analyses de l’étude nous apportent quelques éclaircissements. En priorité le fait que l’actuelle représentation des parents d’élèves et le fonctionnement qui en découle concernent surtout une catégorie de parents qui peuvent s’exprimer et être compris (dans la limite toutefois du “champ éducatif”) contrairement à d’autres parents pour qui la contestation et l’agression sont parfois les seuls recours pour se faire “reconnaître”. En second, il semble que cet important sentiment de confiance ressenti par les directeurs trouve une bonne partie de sa source dans ce partenariat rassurant “clos” et “codifié” par l’institution et eux-mêmes.

Cette étude qui nous a permis de valider plusieurs hypothèses dont les plus importantes portent sur l’influence de différentes formes et contenus du partenariat École/Parents, d’une part sur les différends entre directeurs et parents d’élèves et d’autre part sur le climat scolaire a aussi fait émerger trois résultats que nous considérons comme des “signaux à bas bruit”, marqueurs du changement de la nature des tensions et des formes de rapports entre les deux partenaires :
ƒƒ- Près d’1 directeur sur 4 répond que, dans son école, les parents ne respectent pas l’autorité des enseignants sur leurs enfants.
ƒƒ- 1 directeur sur 4 indique que les enseignantes sont moins respectées par les parents que les enseignants.
ƒƒ- 1 directeur sur 2 répond que les parents de son école n’inculquent pas à leurs enfants les valeurs de l’école républicaine.

Chacun de ces trois points – qui mériteraient de faire l’objet de recherches ultérieures – nous semble, si l’on n’y remédie pas rapidement, être en capacité de fragiliser fortement le socle des valeurs de notre école.

Au terme de ce travail, nous avons proposé quelques pistes pour atténuer si ce n’est enrayer cette “dérive” de deux mondes : l’École et la Famille. Propositions qui tournent toutes autour de la reconnaissance réciproque d’un statut de chacun revalorisé et qui s’ancrent dans le réel par des projets construits en commun.

Toutefois, pour instaurer véritablement et de façon pérenne la “coéducation” promue par la loi de juillet 2013 sur la refondation de l’école, ne faudrait-il aussi s’inspirer de certains principes de l’école québécoise décrits par D. Meuret (2014) pour qui « Le Québec n’offre pas l’exemple d’un système scolaire où les parents auraient pris le pouvoir dans l’école, mais d’un système où le rôle de l’école est pensé d’une façon qui facilite la convergence de l’action des parents et de la sienne au service du développement de la personne de l’élève et de son insertion dans la société. C’est parce que l’école a une conception profonde et large de son rôle qu’elle peut associer les parents à son action sans y perdre son âme ».


L’exemple de la polémique sur le « genre » nous incite à penser qu’il est temps – avant ce que certains appellent déjà le “divorce” entre l’École et les parents d’élèves ne devienne pour un nombre croissant d’acteurs irréversible – d’introduire les changements nécessaires. L’avenir de notre école publique, gratuite et laïque en dépend sûrement.

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