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lundi 19 mai 2014

Dégradation des relations entre l'École et les parents

Source : Le Parisien


Georges Fotinos : « Il y a une cassure »

Ancien inspecteur général de l'Éducation nationale, chercheur associé à l'Observatoire international de la violence à l'école, Georges Fotinos est spécialiste du climat scolaire.

Vous venez de sonder près de 4 000 directeurs d'école. Que retenez-vous de cette immersion ?
Georges Fotinos.
 Je constate une dégradation très nette des relations entre l'école et les parents. Quand je compare mes résultats à une autre étude que l'ai menée en 2005 sur le même sujet, le résultat est sans appel ! Les continents « école » et « famille » s'éloignent l'un de l'autre. Je suis aussi surpris par la violence des échanges. Le parent estime qu'il a droit à un certain service, et s'il n'est pas rendu, il manifeste sa réprobation. De son point de vue, il a forcément raison.

Le phénomène se généralise-t-il ?
On peut considérer que 30 à 40 % des parents se comportent en “consommateurs” revendicateurs. Ce n'est pas la majorité, mais c'est un chiffre inquiétant. Il y a deux mondes qui s'opposent. La preuve, c'est que la plupart des conflits sont centrés sur les punitions et les sanctions données par le corps enseignant aux élèves. Cela signifie que certains parents ne reconnaissent plus l'autorité de l'école sur leurs enfants. La conséquence presque inéluctable, ce sont les agressions.

Cette opposition est-elle nouvelle ?
Oui. Le divorce a commencé assez nettement. La polémique sur le genre, cet hiver, en a donné une illustration. Des familles ont considéré que les valeurs enseignées à l'école primaire ne correspondaient pas à ce qu'elles souhaitaient. Pour moi, c'est le signal à bas bruit d'un phénomène de fond. Il y a une cassure entre la culture familiale et la culture enseignée par l'école.

Qui est, à votre avis, responsable de ce divorce ?
Les torts sont partagés et les peurs sont réciproques. Face au comportement consommateur des parents, les enseignants se réfugient dans leurs bastions. C'est normal : plus il y a une poussée agressive, plus on monte des murailles. On le voit très nettement sur le nombre de réunions d'écoles organisées dans l'année. En 2005, 40 % des directeurs disaient en organiser plus de cinq par an. Le chiffre est tombé cette année à 17 %.

Propos recueillis par Ch.B.

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