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mercredi 9 avril 2014

Les traitements des enseignants français, 1960-2004 : la voie de la démoralisation ?

Auteurs : Btissam Bouzidi, Touria Jaaidane et Robert Gary-Bobo
2006-2007





Résumé :

En nous appuyant sur une reconstruction des grilles indiciaires des enseignants, échelon par échelon, pour les instituteurs, agrégés et certifiés, maîtres de conférences et professeurs des universités, de 1960 à 2004, nous montrons que la valeur des carrières des agrégés du secondaire et des professeurs des universités, définie comme somme actualisée et espérée des salaires nets réels sur le cycle de vie professionnelle, a baissé d’environ 20 % en 25 ans, de 1981 à 2004. Cette baisse est due pour l’essentiel à une érosion de 15 % de la valeur réelle du point d’indice, à laquelle il faut ajouter l’alourdissement des cotisations obligatoires, durant la période considérée. Si les traitements nets associés à un échelon donné de la carrière des professeurs certifiés ont bien subi une érosion de pouvoir d’achat de l’ordre de 20 %, les mesures de revalorisation de carrière mises en place à partir de 1990 constituent des compensations partielles, qui conduisent, pour ce qui les concerne, à un jugement plus nuancé. Enfin, la situation des instituteurs ne s’est pas dégradée, mais uniquement en raison des compensations offertes par la création du corps des professeurs des écoles. Nous discutons ensuite les ressorts possibles de ce « tournant de la rigueur », qui remonte à 1983, du point de vue de l’économie politique, et formulons l’hypothèse qu’il comporte d’importants coûts sociaux à long terme, en partie cachés, sous forme d’aggravation du risque moral, de baisse de la qualité et de la productivité du service, et sous forme d’anti-sélection dans les recrutements.



Conclusion de l’étude :

Notre reconstitution historique des salaires a montré, en résumé, que le pouvoir d’achat des agrégés du secondaire, des maîtres de conférences et des professeurs des universités a baissé d’environ 20 % en 25 ans, de 1981 à 2004. (…) Les salaires des instituteurs ont subi une baisse de pouvoir d’achat nettement plus modérée, à mettre en perspective avec la montée en puissance d’un corps de professeurs des écoles, mieux payé et plus qualifié, depuis les années 90. Les certifiés ont pu tirer profit, depuis 1990, de la création d’une échelle hors classe qui compense en partie cette baisse. Les traitements de base des 850 000 enseignants semblent donc tous avoir été entraînés vers le bas, par le « tournant de la rigueur », entamé en fait dès 1982. Les syndicats de la fonction publique n’ont pas eu le pouvoir de (ou n’ont pas voulu) s’opposer à ces baisses de pouvoir d’achat. Nous émettons enfin l’hypothèse que l’acceptation par les fonctionnaires du déclin salarial se double d’un prix à payer très important, mais seulement en partie observé, en termes d’effort des agents, de qualité du service, et de qualité des recrutements. Le déclin salarial accompagne donc, selon toute vraisemblance, une décadence du service public lui-même, et dont les conséquences possibles à long terme sont inquiétantes.

2 commentaires:

  1. Le métier de prof peut vite être difficile.

    Je viens de voir une nouvelle méthode pédagogique qui semble prometteuse d'après son inventeur.

    J'aimerais savoir si vous en avez déja entendu parlé et votre avis.http://stephanecote.org/2014/01/28/tout-sur-la-pedagogie-3-0/

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  2. Je ne connais pas cette pédagogie « 3.0 ». Il faut dire que nombreux sont les enseignants qui sont persuadés d’avoir trouvé LA méthode infaillible, puisqu’elle fonctionne bien dans leur classe. D’où le nombre impressionnant de solutions proposées, dont il faut bien reconnaître que certaines sont des plus farfelues…

    Il me semble raisonnable d’attendre que ces façons de d’enseigner fassent d’abord leurs preuves dans le cadre d’expérimentations à grande échelle, sur plusieurs dizaines de classes et plusieurs centaines d’élèves. Expérimentations menées de manière scientifique sérieuse et rigoureuse.

    Par exemple, voir une classe ou une école Freinet avec un a priori initial favorable, sans aucun groupe témoin, comme l’a fait Yves Reuter et son équipe, ne constitue pas une démarche scientifique valable. Et les conclusions qui en résultent relèvent exclusivement de l’ordre du militantisme. Paroles de croyants…

    Au contraire, l’Enseignement Explicite présente toutes les garanties voulues : son efficacité a été testée sur des dizaines de milliers d’élèves. Depuis le projet Follow Through et les travaux de Barak Rosenshine jusqu’à aujourd’hui, tous les résultats sont convergents : il s’agit bien d’un enseignement solide et efficace. Plus personne n’ose maintenant le contester.

    Dès lors, pourquoi chercher ailleurs ?

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