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vendredi 6 septembre 2013

Vers la privatisation du service public d’éducation ?


Un excellent article de Louise Tourret, intitulé “Privatiser l'école en France ? Pas tout à fait une fiction”, publié sur Slate.fr, aborde la question de la privatisation rampante du système éducatif, à laquelle on assiste en France depuis une bonne vingtaine d’années. La stratégie est bien connue : supprimer les moyens alloués au service public, tant en personnels qu’en budget de fonctionnement, saborder toute formation professionnelle digne de ce nom en la confiant à des incapables et en imposant des démarches pédagogiques reconnues comme particulièrement inefficaces. Le résultat ne se fait pas attendre : le service public d’éducation se dégrade d’une année sur l’autre, d’une “réforme” à l’autre, d’un ministre au suivant. Dès lors, les parents d’élèves n’hésitent plus à inscrire leurs enfants dans le privé puisque le secteur public n’est plus à la hauteur de leurs espérances. Et lorsque ce mouvement se sera banalisé, nous aurons un système performant pour les riches qui auront les moyens de le financer et un service public dégénéré pour les autres. Nous y sommes déjà pratiquement. Il ne faudra plus alors qu’une pichenette pour que les ultra-libéraux s’emparent du tout pour en tirer des profits qu’ils escomptent les plus juteux possibles, car quel est le parent qui ne sacrifierait pas tout pour l’avenir de son enfant ? C’est ce qu’on appelle depuis quelques années la marchandisation de l’éducation. Nico Hirtt en a parlé avec beaucoup de talent dans son livre Les nouveaux maîtres de l'école.

Ceux qui suivent le cap fixé par Condorcet ne peuvent que s’alarmer de ce projet sournois déjà en bonne partie réalisé. L’article de Louise Tourret est, de ce point de vue, très utile. En voici quelques extraits :

« L’école publique ne plaît guère aux vrais libéraux. Leurs arguments sont simples : une école librement choisie serait une école plus efficace car ses “clients” en attendent logiquement un retour sur investissement et cette exigence, stimulante pour le système, relève le niveau de l’ensemble. Dans le modèle libéral, l’État garde un rôle économique dans le fonctionnement du système scolaire en jouant un rôle de redistribution et met la main à la poche en allouant aux parents des “chèques éducation”. Un chèque que les familles peuvent utiliser où elles le veulent et comme elles le veulent. La liberté de choix de l’école est totale.
[…]
La fin de l’école publique et l’instauration d’un système totalement privé, “libre”, est-elle vraiment envisageable chez nous ? Aucun politique ne l’a dit, ne le dit, ne l’envisage. Mais on observe que le comportement par rapport au système privé a totalement changé ces vingt dernières années. Les grandes guerres scolaires sont derrière nous et les élèves passent allègrement d’un système à un autre : une famille sur deux a recours, au moins une fois durant la scolarité de ses enfants, à l'enseignement privé.
[…]
En 1994 déjà, l'Accord Général sur le Commerce des Services (AGCS), signé sous l’égide de l’Organisation Mondiale du Commerce, pressait les gouvernements de libéraliser totalement leurs systèmes éducatifs, bref d’ouvrir un véritable “marché de l'éducation”.
Aux États-Unis par exemple, les systèmes éducatifs publics sont progressivement démantelés au profit d’établissements scolaires privés que les parents ont la possibilité de mettre en concurrence. Finalement, même l’éducation prioritaire dans les quartiers sensibles va fonctionner sur un modèle entrepreunarial. Ce sont les “charter schools”, dont les directeurs ont la liberté d’embaucher et de licencier les enseignants de l’établissement qu’ils dirigent.
[…]
Les sources de financement privé aident de plus en plus à financer l’école publique.  Elles arrivent par des voies auxquelles on ne pense pas forcément, par exemple le mécénat. Quand on les sollicite, les entreprises répondent présent, sans complexe.
[…]
Enfin, et surtout, il faut bien reconnaitre qu’une autre forme de privatisation remporte un gros, un très gros succès en France. Une note du Centre d’analyse stratégique de janvier 2013 révèle que les Français sont les plus gros consommateurs de cours particuliers en Europe.
La marchandisation de l’éducation ne progresse pas forcément comme un phénomène brutal. À part quelques ultralibéraux (comme Michel de Poncins), personne ne prône ouvertement une privatisation frontale du système. »

Et voici sa conclusion : « Lorsque le budget de l’Éducation nationale en sera à 50 millions près, selon la couleur du gouvernement en place et selon l’image qu’aura alors l’École publique dans l’opinion, un tel scénario deviendra-t-il possible ? »

Un scénario catastrophe, à coup sûr…


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