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vendredi 20 septembre 2013

Cas d'école : la suspension de Jacques Risso

La dirlette de Jaques Risso

Exceptionnel ! Pour une fois, je me trouve en total accord avec Pierre Frackowiak. Du moins avec le texte qu’il a écrit à propos de la suspension de Jacques Risso et que je reproduis ci-dessous.

Le principe est pourtant simple : quand un directeur d’école éprouve des difficultés dans sa mission, on ne le sanctionne pas, on l’épaule et on le conseille. C’est le rôle impératif de l’IEN et, si cela ne suffit pas, du DASEN. C’est cela agir en professionnels. Que dirait-on d’un instituteur qui, face à un de ses élèves en difficultés, se contenterait de le sanctionner au lieu de lui venir en aide ?

La raison “officielle” de cette suspension n’est donc pas valide pour un service public d’éducation efficace et responsable.

Mais ce qui est encore plus inadmissible, c’est la véritable raison que certains (dont Frackowiak) avancent sur les réseaux sociaux et sur Internet. La sanction dont est victime Jacques Risso serait en fait une mesure de rétorsion pour ses prises de position publiques, notamment dans ses dessins qui, par ailleurs, sont excellents d’humour et de justesse. Si cela est avéré, la suspension de Jacques Risso devient alors inacceptable car c’est en tant que citoyen qu’il s’est exprimé et non en tant que fonctionnaire. Il n’est pas tolérable que le second paie pour la liberté du premier. Je rappelle que la liberté d’expression est un droit fondamental dans toute démocratie, pour lequel on a lutté et pour lequel – de toute évidence – il faut continuer à se battre.

Devant de tels égarements, il est certain que quelqu’un doit rendre des comptes maintenant. Et ce n’est sûrement pas Jacques Risso…

NB : Jacques Risso est le directeur de l'école de Rustrel (Vaucluse). Sur cette affaire, voir l'article de La Provence.


Création d'un climat détestable dont on ne mesure pas suffisamment les conséquences : perte de confiance des acteurs, résistance passive, triche (on répond n'importe quoi pour faire plaisir), démotivation, scepticisme face à la refondation, mal-être. Cette dérive a été permise et renforcée par un formatage rigide de l'encadrement, l'ESEN transformée en centre de conditionnement pour la pensée unique ultra libérale. J'ai maintes fois dénoncé cette dérive.
Avec l'alternance politique, on pouvait espérer une rupture de ce processus implacable et retrouver de la confiance, un climat de travail différent, de la sérénité, une réduction de la paperasse et des injonctions, une incitation à l'expression, au dialogue, au débat, à la mobilisation de l'intelligence collective… 
Pas du tout !
Sauf dans quelques circonscriptions animées par des militants de la refondation de l'école, capables de se mobiliser pour le changement, rien ne change…
Jacques Risso, directeur et enseignant expérimenté, dont le travail a été reconnu dans les rapports d'inspection officiels, qui n'a jamais fait l'objet de sanction, d'avertissement, de menaces formelles, a été suspendu de ses fonctions dans des conditions déplorables. On a mis le feu dans l'école et dans le village et on l'entretient dans des conditions choquantes de la part de responsables du système.
On prétend que la mesure est certes conservatoire mais on condamne Jacques Risso, au mépris du travail réalisé au cours de toute sa carrière, au déshonneur et à l'angoisse pour lui et pour ses proches. Le mal est irréparable. On prétend que la mesure n'a aucun rapport avec sa liberté d'expression et ses dessins, mais tout au long de son « dossier KGB » rassemblé à l'inspection académique par une personne qui ne peut être qu'un spécialiste de ces pratiques policières, on lit des critiques de l'expression de ses désaccords avec les politiques mises en œuvre par MM. Darcos et Chatel, de son humour considéré comme de la déloyauté et de la désobéissance aux ordres.
Le motif officiel qui n'occupe qu'une petite partie du dossier est une affaire de harcèlement psychologique entre quelques enfants. Je ne conteste nullement la gravité de telles situations complexes et le devoir impérieux de protéger les intérêts de chaque enfant. Mes 30 ans de carrière d'inspecteur et de pédagogue, mes recherches et mes observations sur le fonctionnement du système, me permettent d'affirmer que :
1° si tous les directeurs qui rencontrent des problèmes de ce genre et qui font de leur mieux pour protéger et les enfants et l'école étaient sanctionnés comme l'est de fait Jacques Risso, il n'y aurait plus beaucoup de directeurs en poste en France. L'affaire Risso risque fort d'ailleurs de dissuader de très nombreux collègues de postuler sur des postes dont les charges et la complexité n'ont cessé de s'accroître ;
2° si Jacques Risso a été en difficulté, c'est que ses supérieurs ont failli. Plutôt que de l'accompagner et de l'aider, voire de prendre les choses en mains intelligemment dans l'intérêt des enfants, de l'école et de la communauté éducative, on a eu de cesse de vouloir profiter de ce problème qui peut surgir dans toutes les écoles de France pour régler des comptes. Comme l'a dit une responsable locale, bien mal conseillée au niveau supérieur : « Il se croyait intouchable, cette fois, on va l'avoir. » Ce sont ces supérieurs qui méritent d'être sanctionnés pour incompétence et acharnement injustifiable
On ne l'aura pas. 
L'affaire Risso n'est qu'un aspect de cette continuité imposée par un encadrement dont le sevrage avec les politiques ultra libérales autoritaires précédentes est long et difficile.
Nous allons nous mobiliser. Nous allons interpeler le DASEN nouvellement nommé, sans doute ravi d'arriver dans ce magnifique département du Vaucluse, qui n'a aucune responsabilité dans cette affaire mais qui est un peu contraint par des solidarités de corps et qui hérite d'une véritable bombe. Nous allons alerter le ministère dans les meilleurs délais. Nous allons apporter notre aide aux organisations syndicales qui soutiennent Jacques Risso. Nous aiderons le comité de soutien qui se met spontanément en place malgré la campagne de désinformation organisée en direction des enseignants du secteur.
Nos allons combattre pour rappeler ce que j'ai déjà écrit maintes fois : on ne refondera pas l'école sans refonder l'inspection.
Source : Site du GDID
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Épilogue : 14 octobre 2016


Jacques Risso, après trois années qu’on imagine particulièrement pénibles, vient d’obtenir une cinquième condamnation de l’Éducation nationale dans cette affaire lamentable de blâme qui lui avait été injustement infligé. Ce blâme est définitivement effacé, Jacques Risso est désormais complètement rétabli dans ses droits et dans son honneur. De plus, l’État est condamné au total à lui verser 10 000 euros, plus le remboursement des frais de justice !

Son cas est tellement exemplaire qu’il est devenu un cas d’école pour le monde juridique : les nombreuses irrégularités des décisions prises par l’Inspection académique ont été recensées en septembre dans une revue juridique spécialisée.

Mais Jacques Risso n’a pas eu droit à un mot d’excuse de la part de la hiérarchie de l’Éducation nationale. Ce qui montre combien le fonctionnement de cette administration est particulièrement inadapté pour répondre aux exigences d’une École de qualité. L’incompétence, le mépris, l’arrogance et le caporalisme restent la marque d’une hiérarchie sourde aux souffrances des enseignants dans leurs classes et dans leurs écoles.

Soulignons, pour terminer, le soutien sans faille que lui a apporté le syndicat SNUDI-FO, depuis la déléguée départementale jusqu’à son secrétaire général national.

Il ne reste plus qu’à souhaiter une bonne continuation dans son métier et une fin de carrière paisible à Jacques…



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