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samedi 25 mai 2013

Clément de Chaisemartin : « Il faut réduire la taille des classes. »

Source : L'Express



Entretien avec Clément de Chaisemartin, chercheur à l'École d'Économie de Paris.


Le gouvernement prévoit d'attribuer 7000 nouveaux postes pour « renforcer l'encadrement pédagogique dans les zones difficiles », selon le principe du “plus de maîtres que de classes”. Est-ce un bon choix ?

Aujourd'hui, aucune étude ne laisse penser qu'il aura des effets. L'étude STAR, menée aux États-Unis, a par exemple comparé les résultats scolaires des élèves dans des classes avec un professeur et un assistant à temps plein à ceux d'élèves dans des classes sans assistant, et n'a trouvé aucune différence. Je ne veux pas faire de procès d'intention au ministère, mais on peut s'interroger : qu'est-ce qui amène le gouvernement à privilégier une méthode qui n'a pas fait ses preuves ? Il faudrait au moins l'évaluer en la testant avant de l'utiliser à grande échelle. 

Quelle alternative préconisez-vous ?

Toujours dans l'étude STAR, les chercheurs ont observé un troisième groupe avec un seul enseignant dans la classe mais moins d'élèves (entre 13 et 17 au lieu de 22 à 25). Ce groupe a eu de bien meilleurs résultats que les deux autres. Dès lors, pourquoi ne pas essayer de réduire la taille des classes plutôt que de mettre en place un système du type “deux maîtres par classe” ? 

Mais là, 7000 postes ne suffisent plus...

Si l'on veut le faire sur tous les niveaux, oui. Mais on pourrait diviser par deux les effectifs de chacune des 3500 classes de CP du réseau ECLAIR, qui sont les plus défavorisées. Pour cela, 3500 postes suffiraient. 

Pourquoi choisir le CP plus qu'un autre niveau ?

Thomas Piketty et Mathieu Valdenaire ont réalisé une autre étude sur l'impact de la taille des classes. On peut en retenir que plus ce type d'intervention intervient tôt dans la scolarité, plus il est efficace... tout en ayant des effets sur le long terme. 

Si l'impact de la diminution du nombre d'élèves par classe est aussi évident, comment expliquer qu'il soit aussi peu reconnu ?

Jusqu'au milieu des années 1990, et ce même dans la recherche, le consensus était en effet de dire que les classes plus petites n'amènent pas de meilleurs résultats. Ce qui s'explique en partie par des études pas toujours rigoureuses voire biaisées. Dans l'étude STAR, sur laquelle je m'appuie, les groupes d'élèves et leurs professeurs ont été tirés au sort au sein des établissements. A l'inverse, des travaux n'ont pas abouti à des conclusions fiables car ils n'utilisaient pas cette méthodologie.  
C'est le cas de l'étude Ferry de 2002, qui concluait sur l'absence d'effet de la diminution de la taille des classes : les groupes étudiés n'ont pas été constitué de manière aléatoire. Or, on envoie plus naturellement les élèves les plus faibles dans les petites classes et, de même, on a plus tendance à les confier à des professeurs moins expérimentés. Deux chercheurs, Laurent Lima et Pascal Bressoux, l'ont “débiaisé” et en ont déduit des conclusions inverses

Propos recueillis par Adrien Sénécat

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