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dimanche 8 avril 2012

Pascal Bressoux : « Un petit effectif favorise la réussite »

Source : L'Humanité, 18.03.2011

Propos recueillis par Laurent Mouloud




Alors que 16 000 postes d’enseignants doivent être supprimés à la rentrée 2011, Pascal Bressoux, professeur en sciences de l’éducation à l’université de Grenoble, rappelle que l’augmentation du nombre d’élèves par classe est un facteur d’échec scolaire.

L’effectif des classes influe-t-elle sur la réussite scolaire ?
Pascal Bressoux - Les études que j’ai menées, tout comme celles de Thomas Piketty, montrent qu’il y a indiscutablement un effet positif à la réduction de la taille des classes. Moins les élèves sont nombreux, plus ils sont attentifs et engagés dans les activités et plus ils progressent. Ce constat vaut notamment pour les premières classes : CP, CE1 et CE2. L’impact des effectifs semble moins important au collège et encore moins au lycée. Les études démontrent également que les élèves les plus faibles et les plus défavorisés gagnent le plus à être dans des effectifs réduits.

Luc Chatel cite des études montrant, au contraire, que cela n’avait pas d’effets avérés sur les résultats. Qui dit vrai ?
Pascal Bressoux - Il y a souvent polémique car les effets des diminutions d’effectifs ne sont pas faciles à mesurer. Et, justement, l’étude sur laquelle se fonde le ministre présente des lacunes méthodologiques. Cette expérimentation, menée sous le ministère de Luc Ferry par la Depp (Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance), se fonde sur l’observation de 100 classes de CP réduites à dix élèves, en comparaison avec 100 classes non réduites. Or, on a découvert que les échantillons d’enseignants n’étaient pas équivalents d’un type de classe à l’autre. Ainsi, les profs débutants sont surreprésentés dans les classes réduites. Cela fausse complètement les résultats puisque l’effet – positif – des classes à effectifs réduits est contrebalancé par l’effet – négatif – des profs débutants, souvent moins efficaces. On a repris l’étude en corrigeant cette erreur. Résultat : l’effet positif des classes réduites a augmenté de 60 %... Le discours actuel du ministre sur cette question est doublement piégé. Non seulement ses résultats sont faux, mais en plus, il s’en sert pour affirmer que l’on peut augmenter les effectifs des classes sans conséquences.

Comment a évolué la taille des classes ?
Pascal Bressoux - Sur plusieurs décennies, elle a diminué en moyenne. En revanche, sur ces dernières années, c’est une relative stabilité qui prédomine. En 2009, il y avait en moyenne 23,46 élèves par classe primaire, contre 23,28 en 1999. Mais évidemment, il y a de grandes disparités. En zone urbaine, notamment, les professeurs ont aujourd’hui face à eux bien plus que 23 élèves.

Que préconiseriez-vous en termes de taille de classe ?
Pascal Bressoux - Dans un monde idéal, il faudrait diminuer toutes les classes, mais évidemment, cela me semble irréaliste compte tenu du coût. En revanche, il faut pratiquer des diminutions d’effectifs ciblées, notamment sur les premières classes du primaire et dans les zones difficiles. Mais, attention : la réduction de la taille des classes ne résoudra pas, seule, les problèmes de l’éducation nationale. C’est juste une composante de l’efficacité qui devrait être associée à d’autres mesures, comme une meilleure formation des maîtres ou des pédagogies plus explicites.

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