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dimanche 27 mars 2011

Livre : Le pacte immoral (Sophie Coignard)


Cela fait quelques années que les problèmes de l’école sont devenus un filon éditorial que certains exploitent même quand ils n’ont plus grand-chose à dire. Que n’a-t-on lu sur le niveau des élèves en chute libre et sur cette école qui n’est plus capable de transmettre les connaissances de base ? Un seul livre bien écrit aurait sans doute suffi. Mais il y avait peut-être plus d’argent à ramasser que de rancœurs à exprimer. Nous avons vu ces dernières années une avalanche de titres catastrophistes. Des pamphlets qui répétaient en boucle les mêmes constats, les mêmes lamentations. Et qui ne proposaient pour y remédier que de revenir à l’école d’autrefois. Misère…

Le Pacte immoral est ailleurs, il sort de ce marécage. Ce livre est le fruit d’une enquête fouillée menée par une journaliste ayant l’habitude de pousser loin ses investigations. Le résultat est remarquable. Depuis ces quinze dernières années, j’ai suivi tous les événements se rapportant à l’école et à ses problèmes. J’ai pratiquement tout retrouvé, accompagné d’une analyse brillante, écrite d’une plume alerte. C’est un livre qu’on quitte difficilement avant la fin.

L’angle d’attaque choisi par Sophie Coignard est ce fameux “pacte immoral” qui lie les politiques, les ministres et leurs conseillers, les experts, les hauts-fonctionnaires de l’Éducation nationale, les syndicalistes, bref tout ce petit monde qui se connaît très bien, qui évoque à tout propos le rôle primordial que doit jouer l’école dans notre pays… et qui se moque complètement des problèmes graves qui l’affectent depuis tant d’années.

Il y a bien sûr les partisans du constructivisme. Ils se sont cooptés aux meilleurs postes depuis plus de trente ans et ils ont bâti de véritables forteresses devenues imprenables (voir les IUFM qui ont été dissous par Darcos mais qui se sont maintenus, avec une position encore plus puissante qu’auparavant). Ceux-là, nous les connaissons bien : ils sont dans toutes les commissions, tous les observatoires, toutes les conférences nationales. Ils ont tous les leviers. Ils sont indéboulonnables.

Mais l’auteur parle aussi – et surtout – des politiques. De tous les politiques, et d’abord de ceux qui ont été ministres de l’Éducation nationale. On est effaré de tant d’impuissance et d’incapacité à faire évoluer les choses. Les deux ministres qui ont eu de bonnes initiatives (de Robien et Darcos) ont été, pour le premier, contrecarré par le clergé du ministère ou, pour le second, désavoué par la pusillanimité d'un président de la République à courte vue. Pour le reste, rien. Parce que moins on prend d’initiatives, plus on a de chances de se maintenir à ce portefeuille. C’est cela la malédiction de l’école en France : ceux qui devraient décider ne décident rien. Pire, ils laissent le champ libre aux partisans du constructivisme qui continuent à se partager tous les fromages, bien que les ravages de leurs théories soient désormais évidents pour tout le monde. Des générations d’élèves sont sacrifiées, dans cette version moderne du massacre des Innocents. Et notre pays va se retrouver à la traîne dans une mondialisation qui n’épargnera pas les faibles et qui nous fera payer très cher cette volonté inepte d’éviter à nos enfants le moindre effort. D’ailleurs, le mouvement a déjà commencé et il n’est pas près de s’arrêter. Miser sur l’éducation, c’est investir pour l’avenir. La France, dirigée par des incapables, continue de l’ignorer.

Vouloir promouvoir un enseignement de qualité est donc une mission où l’on s’épuise au fil du temps. À Form@PEx, nous en savons quelque chose. À vrai dire, qui se soucie d’une école moderne et efficace ? Qui opte sans ambiguïté pour l’instructionnisme ? Qui s’intéresse vraiment à la Pédagogie Explicite au point de la mettre dans les formations ? Qui attend des enseignants qu’ils soient des professionnels compétents et reconnus comme tels ? Pour le moment, personne. Ou presque…

Le Pacte immoral nous montre cette réalité désespérante des choses. Et c’est bien pourquoi il faut lire ce livre.


À une réserve près cependant. L'auteur a jugé utile de convoquer le sociologue Bernard Lahire pour vanter les mérites de la pédagogie explicite (p 217-218). Celui-ci, sur les pas de Bourdieu, n'était pourtant pas le mieux placé pour en parler. Mais alors vraiment pas. Comme sociologue, j'aurais plutôt choisi Nathalie Bulle qui a parfaitement compris ce qu'est en réalité l'enseignement explicite et ce qu'il implique à la fois sur le plan de la philosophie de l'éducation et sur le plan des applications pratiques. Mais cela n'est qu'un défaut mineur... parce qu'il fallait bien en trouver un.
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Le pacte immoral– Comment ils sacrifient l'éducation de nos enfants

Sophie COIGNARD
Albin Michel, 01/2011, 281 p.



samedi 5 mars 2011

Coup de pouce à la réussite ! (MELS)

Des pistes d'action pour la persévérance et la réussite scolaires au Secondaire

Ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport - Québec
Gouvernement du Québec, 2009




Pour ce document, il est clair « que l’école, et particulièrement ce qui se passe dans la classe entre l’enseignant et les élèves, peut faire toute une différence sur le plan de la persévérance et de la réussite scolaires des jeunes au secondaire ». Nous pourrions ajouter « au Primaire aussi », tant il est vrai que nous nous appuyons constamment sur les travaux de Wang, Haertel et Walberg pour montrer le rôle majeur que peut jouer l’école, quel que soit le milieu social d’origine des élèves.

Sur une cinquantaine de rapports de recherche déposés au départ, treize seulement ont été retenus. Parmi lesquels deux ont été produits par le groupe de recherches formé par Clermont Gauthier, Steve Bissonnette et Mario Richard :
- GAUTHIER, Clermont, et autres (2004). Les interventions éducatives dites efficaces en vue de favoriser la réussite scolaire des élèves provenant de milieux défavorisés : une revue de littérature.
- GAUTHIER, Clermont, et autres (2005). Les écoles efficaces favorisant la réussite scolaire des élèves à risque : une revue de littérature.

Le document retient leurs préconisations quand ils « recommandent d’avoir recours aux pratiques pédagogiques centrées sur l’enseignement plutôt que sur l’élève. Selon les chercheurs, il faut mettre en priorité un enseignement explicite (structuré et systématique) des apprentissages de base comme la lecture, l’écriture, les mathématiques, à partir duquel les élèves développeront leurs compétences cognitives et affectives. Parmi les apprentissages de base, l’enseignement formel de la lecture dès la maternelle, ayant pour objectif le développement précoce de la compétence à lire chez les élèves de milieux défavorisés, est une orientation pédagogique à privilégier. »

Même chose lorsqu’ils « ont aussi relevé le fait que les écoles les plus performantes accordent une attention importante au perfectionnement professionnel des enseignants afin qu’ils puissent développer leurs pratiques pédagogiques à la lumière des connaissances les plus récentes et des meilleures pratiques. À cet égard, les chercheurs estiment que le perfectionnement du personnel enseignant devrait porter sur la gestion de classe et la gestion de l’enseignement. Compte tenu du fait que l’impact de l’enseignement explicite sur la performance des élèves, comme relevé dans l’ensemble des recherches consultées, est supérieur à celui des autres approches pédagogiques, la formation offerte aux enseignants devrait privilégier ce type de démarche. »

Il ne reste plus qu’à attendre que le MELS (ministère de l’Éducation – Québec) mette en œuvre ces recommandations pour véritablement “donner un coup de pouce à la réussite !” On n’ose espérer la même chose en France, car le constructivisme reprend manifestement des couleurs sous le ministère Chatel. Pour nous, ce serait plutôt “retour à la case départ !”.